Samedi 13 septembre 2008
Me revoilou!!

Entre mon déménagement et le changement de fournisseur internet, j'ai été privée de mon blog pendant près de trois mois, je n'en reviens pas!!

Evidemment, il s'est passé un tonne de choses que je ne manquerai pas de notifier ici.

Mais je voulais avant vous dire que vous me manquez, et que certain(e)s n'ont plus à m'engueuler parce que je n'écris pas, puisque....me revoilà!!
Par ether-et...
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Mardi 10 juin 2008

Affronter ses douleurs, ses peines, ses fantômes comme une vieille habitude dont on ne sait comment se défaire.
Un peu un rouage bien huilé que l'on connait par coeur. Faire face, serrer les dents et patience, ça passera.

Mais lorsque c'est l'autre en face, l'autre que l'on aime qui peine, qui se débat avec ses failles; que dire, que faire?

L'essence d'un ami est de pouvoir compter sur lui dans les moments sombres. Qu'il nous écoute, nous entende; sans juger, sans nous enfoncer ni nous conforter dans nos erreurs.

Comment trouver ce juste milieu sans faire de transfert, sans faire ressurgir notre propre colère sur lui ou elle?

De mon aujourd'hui, j'ai trois personnes qui comptent plus que les autres. De ces trois personnes; deux se débattent avec leurs fantômes, avec leurs douleurs.

Les situations ne sont pas comparables; pas plus que leur façon de réagir.

Mais j'écoute, je sens, je vois. Et que dire?

Comment l'aider; elle qui doit faire face à un chagrin que je connais si bien et qui m'a enlevé une bonne partie de ma capacité à aimer encore? Comment faire pour ne pas la heurter, pour la laisser faire le chemin que j'ai déjà fait sans qu'elle ne perde sa lumière?

Comment l'aider, lui si mutique, qui s'isole tellement de moi que je peine à sentir même les moments où il survit mal? Comment faire pour le guider sans le braquer sans lui faire peur quant au chemin qu'il lui reste encore à parcourir?

On me dit que la présence et l'écoute sont des trésors que je sous estime.

Cependant, ça ne suffit pas à mon esprit. Je veux aider, tendre la main à ces personnes que j'aime tant.
J'ai mal aussi de leurs douleurs. Je les trouve injustes. Pourquoi ces êtres plein de lumière et de bonté doivent ils souffrir de la face sombre de l'humanité?

Pause égoïste dans ce tableau tourmenté de l'autre; je me perds dans mon rôle. Où commence t'il et où s'arrête t'il?

Ai je le droit de m'inquièter du silence au point de penser à appeler les pompiers?
Suis je trop dure ou trop douce?
Est ce que je ne donne pas l'impression de m'imposer par mon désir d'aider l'autre ou est ce que je donne l'impression de me désinterresser par mon souhait de respecter le rythme d'autrui?

Et bien que leurs douleurs m'enkylosent aussi, bien qu'elles me prennent de l'énergie; tant par le silence que par la présence; je ne voudrais à aucun moment qu'ils se disent que j'en ai déjà beaucoup fait et qu'ils se privent de mon écoute, de mon aide alors qu'ils en ressentiraient le besoin.

Sartre écrivait que "l'enfer, c'est les autres"; son Huis clos ne cesse de résonner à mon esprit de mille façons diffèrentes.

L'enfer quand l'un est de trop et prend de ce que le troisième est en droit d'attendre.
L'enfer quand l'autre est source de tourments et de douleurs.
L'enfer quand la bonne attitude à adopter est un fin chemin dont il est si facile de s'éloigner.


L'enfer quand la souffrance de l'autre nous renvoie à une réflexion somme toute bien égoÏste sur notre propre façon de gèrer les douleurs de ceux qu'on aime...

Par ether-et... - Publié dans : Mes amours
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Lundi 2 juin 2008

Déménager, partir loin, vers de nouveaux horizons, découvrir une nouvelle vie, de nouveaux lieux, un nouveau travail.

C'est aussi tout laisser derrière soi. Ses amis, sa famille, ses repères.

Changer tout comme un serpent changerait de peau. Effacer l'ardoise en apparence, alors qu'en fait, on l'alourdit.

Depuis aussi longtemps que je travaille, je suis instable. Je ne signais jamais de CDI de peur de me sentir liée, emprisonnée, engagée. Reine de l'intérim, j'aimais me sentir libre de travailler ou pas, de quitter mon poste à la seconde si quelque chose ne me convenait pas.
Je ne rechignais cependant pas à avaler les kilomètres pour me rendre sur une mission.
L'attrait du neuf, le refus de me sentir assommée par le poids de l'habitude; je me plaisais à découvrir la France, les gens que je rencontrais sans jamais m'engager vis à vis d'eux.

Je faisais mon travail et je repartais; comme j'étais venue. Rien de moi ne filtrait. Juste la face professionnelle de ma personne. Celle que je suis, ce que je pensais, tous l'ignoraient.

Dans ce chaos apparent, restait mon chez moi. Plus une sorte d'hôtel que véritable chez moi, j'y posais toutefois volontiers mes valises le temps de quelques jours de repos.

Et un jour, ce lieu me parut trop étriqué, trop limité. La ville dans laquelle je "vivais" trop petite pour moi, pour mes attentes et mes rêves.

Alors je suis partie. Charger le camion et monter à Paris.

Après la découverte émerveillée de la vie à la grande ville, la désillusion. Une année de difficultés. Je n'aimais pas cette ville, je voulais partir à nouveau.
Mais comment faire sans offrir à ceux qui n'attendaient que mon échec parisien la satisfaction de pouvoir me dire "je te l'avais dit"??

Serrer les dents, continuer, attendre. Patience, ça s'arrange toujours.

Finalement, je me suis réconcilliée avec la capitale. J'ai appris à la connaitre, elle a appris à me respecter et à me donner ce que j'attendais d'elle.
Je m'y suis fait des amis, des copains. Je me suis installée dans un travail qui me convenait.

Le ronron que j'avais toujours craint est arrivé, mais cette fois, sans me peser.

Je vieillis semble t'il....

Et puis l'autre qui change beaucoup, qui par son sourire, par sa voix, par ce qu'il est ouvre d'autres portes, offre d'autres horizons.

Ce qui n'était qu'une simple discussion est devenu une réalité. Partir pour être ensemble, vivre côté à côte.

Tout quitter juste pour un ami semble fou.
Ca l'est.

Oui, je quitte un endroit que j'aime, un appartement que j'ai occupé pendant six ans, des amis que j'aime et qui comptent énormément pour moi, un travail que j'aime.
Oui,je quitte tout ça pour vivre dans une ville que je connais peu, dans un appartement que je partagerai, où je n'ai qu'un seul ami, sans avoir de travail.

On peut dire que je suis folle; mais ce que je vois, moi, ce n'est pas ça.

Aucune situation ne peut s'améliorer si l'on n'ose jamais. Aucune vie ne progresse si on ne lui donne pas l'essor nécessaire à son épanouissement.

Je quitte tout pour le soleil, la chaleur, la découverte d'un autre monde, la stimulation nécessaire pour donner à ma vie professionnelle un autre sens.

Les difficultés seront de la partie, je le sais. Ce sera financièrement un challenge.
"Plaie d'argent n'est pas mortelle" disait mon père. Je le crois.

Si ma vie stagne à Paris, à moi de lui donner une direction nouvelle. A moi de l'orienter autrement.

Je suis curieuse, j'aime découvrir, j'aime les défis un peu fous.
Si je me trompe, si je me plante, j'aurai au moins essayé.

En attendant, je me débats dans les cartons, les devis, les courriers à tous les organismes possibles et imaginables.

Et j'avoue, je suis fatiguée, là.

Fatiguée, mais pressée et heureuse.

Par ether-et... - Publié dans : Histoires d'un jour
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Lundi 19 mai 2008





Boulversée, remuée, perturbée. Ecrire "le dire" m'a pour le moins secoué les entrailles.
Partie pour partager un moment important, mon esprit a emprunté un chemin inattendu.


Plus que de la narration, rédiger cet article fut une épreuve. Faire face à toutes les questions qui se bousculaient, revivre l'émotion de ce samedi après midi, comprendre que ce moment avait bien plus de sens que je ne le pensais m'a profondément ébranlée.

L'écriture avançant, je constatais certains paradoxes, certaines zones d'ombre.

Le fossé entre mon aisance à parler de mes agressions et le mutisme buté affiché à mes parents pose un grand nombre de questions. Ces deux attitudes tellement opposées sont elles vraiment de mon fait ou sont elles l'expression de deux Ether distinctes et semblables?

Le sentiment d'être duelle cet après midi là, d'être moi même et cette enfant que j'étais à six ans m'émeut au plus au point.

Perdue dans les méandres des mes émotions, j'ai appelé une amie très tard hier soir.
J'avais besoin de mettre de l'ordre dans mes pensées, de trouver la sortie de ce nouveau dédale.
Besoin d'être rassurée, d'entendre que ma confusion, ma sensibilité à fleur de peau n'étaient pas surpenantes.
Parler à une oreille amicale, écouter son opinion pour faire la lumière sur ce malaise.

J'ai raccroché plus d'une heure plus tard, épuisée, mais avec une image en tête; celle d'un champ parsemé de fleurs blanches.




Cette discussion m'a permis d'accepter les oppositions contre lesquelles je luttais, sans vouloir admettre qu'elles sont dûes à la rencontre improbable d'une personne avec la part d'enfant qui n'était plus en elle depuis sa blessure.

Je savais depuis quelques temps que je devais réconcilier la petite fille et l'adulte, que je devais retrouver la partie de moi qui était resté bloquée dans cette cave.
J'ignorais comment et où la chercher, je doutais même de sa survie.

Hier soir, j'ai admis qu'elle était là, que depuis cette discussion avec mes parents, j'étais pour la première fois entière, complète.

Et depuis hier soir; bien que profondément bousculée, émotivement plus que fragile, je suis heureuse.

Parce qu'enfin, je sais, je suis sûre que j'ai de nouvelles armes, de nouveaux atouts pour affronter ma vie.

Cette fois, ce n'est pas de la rencontre avec autrui dont je tire de la lumière, mais de moi.

Par ether-et... - Publié dans : Viols et conséquences
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Dimanche 18 mai 2008
Après le mutisme de l'oubli, le désespoir de la compréhension des évènements, la psychothérapie m'a permis de pouvoir parler de mes agressions. Je les ressentais enfin sans honte, sans craindre qu'elles ne m'aient diminué dans ma valeur d'humaine.

Je me suis mise à parler beaucoup de ce qu'il m'était arrivé, de mes ressentis, de mes doutes, de mes peurs et de mes espoirs.
Dès que je me sentais un minimum en confiance avec une personne, je lui disais.

Le poison qui n'est plus en toi ne te détruit plus.

Je vomissais ces toxines à tout va, junkie du malheur en tentative de cure, je cherchais par ces logorrhées interminables à laver mon esprit, mon corps et mon coeur des injections quotidienne de tristesse et de douleur que je m'infligeais.

Je cherchais aussi en celui qui m'écoutais une forme d'absolution d'un pêché pourtant jamais commis, la douceur d'entendre, de lire dans le regard de l'autre que je ne réagissais pas de manière démesurée. Oui, c'est dur ce que j'ai vécu; non, on ne s'en sort pas facilement; peut être je serai un jour en paix.

Pas un ami, pas une personne proche ignorait mon histoire. Tous avaient un jour ou l'autre donné un avis, un conseil.
Chaine du coeur inconsciente de l'impact de chaque parole, ignorant que chacun était un maillon qui me permettait de tirer ma carcasse hors des flots.

Cependant, il manquait le fermoir à cette chaine inestimable. Ces deux élements sans lesquels aucun collier n'est complet, ces pièces majeures me faisaient encore défaut.

Jamais je n'avais encore parlé à coeur ouvert de mes agressions avec mes parents.
Elles avaient été évoquées, survolées, mais il m'était toujours impossible de leur ouvrir mon coeur.

Bloquée par ces relans de salissure, je voulais plus que tout éviter d'éclabousser ceux qui comptaient le plus à mes yeux.

Principalement deux angoisses m'empèchaient d'enfin libérer la voie de la parole. La honte qui persiste au plus profond de moi d'avoir déçu mes parents et la peur de les blesser.

J'ai tenté à de nombreuses reprises de leur parler, mais ma nervosité menait la discussion à peine entamée vers une dispute qui cloturait le débat.


La semaine dernière, je suis partie me reposer quelques jours chez eux. Arrivée avec un inclassable en transit dans mes valises et en attente d'une amie pas si silencieuse que l'on pourrait le croire, je bénéficiais de trois jours innondés de soleil seule avec mes essentiels.

Je ne parviens pas à me souvenir comment le sujet de la pédophilie est arrivé dans la conversation. Probablement à la manière d'un chat; sans prévenir, par une porte dérobée de mon conscient.
 Toujours est il que le sujet est arrivé, au cours d'un déjeuner en terrasse, tous trois baignant dans la torpeur issue de la délicieuse cuisine de ma mère.

J'étais détendue, je ne pensais pas que j'allais parler de moi; j'ai appris depuis longtemps à dissocier mon expérience d'une discussion sur le sujet.

Mais cette fois ci fut différente. J'ai parlé. Pas encore à coeur ouvert, pas de tout.

Mais l'essentiel, je l'ai dit.

Je leur ai dit la peur, la honte, la souffrance. Je leur ai dit combien j'avais du mal à évoluer dans cette vie si mal entamée, pourquoi j'étais parfois si agressive, dure et froide, combien j'ai dû lutter pour être celle que je suis et dont je ne suis toujours pas satisfaite.

Je voulais me livrer, peut être donner des réponses à certaines questions, mais je ne m'attendais pas à en recevoir ni à gagner un nouveau lot de questionnements.

J'ai appris que ma mémoire m'avait fait défaut sur un point que je ne comprenais pas. Je ne leur avais jamais parlé de ça. Même lorsque c'est arrivé. Je ne l'ai en fait dit qu'à mon frère plusieurs jours plus tard et c'est lui qui est allé leur dire. De là; ils ont écrit au commissariat qui les a appelé pour leur demander de me faire venir afin que je tente d'identifier mon agresseur.

Comment ces quelques jours se sont ils retrouvés effacés de ma mémoire?
Pourquoi mon souvenir bloque t'il entre mon passage chez les buralistes amis de mes parents lorsque je me suis enfuie de la cave et le moment où j'entre dans le commissariat?

Jamais je n'avais dit quand et comment tous ces souvenirs sont remontés à la surface. Jamais je n'avais parlé de tous ces blocages à l'adolescence qui n'ont pris un sens que le jour où je me suis rappelé...

Je voulais leur préciser un ressenti et je découvre qu'ils ignorent l'essence même de mon agression. Je réalise que bien plus que de ne leur avoir jamais parlé avec mon coeur, je ne leur ai jamais parlé de ça tout court.

Pourquoi moi, si encleinte à parler de tout et de rien, partageant les évènements de ma vie avec eux, ai je pu taire aussi longtemps sans même le réaliser une chose aussi grave?

Pour eux, un monsieur m'avait emmené dans une cave et avait mis sa main dans ma culotte. Pour eux, seule la parole de mon frère faisait foi, puisque seule existente...

Quel étrange sentiment que de se découvrir si pudique, si différente...

Est ce le fait de leur parler à eux, de constater que je les avais toujours totalement écarté de ma plus grande blessure; je l'ignore; toujours est il que j'ai fait un bond 28 ans en arrière.
Chaque minute qui passait me faisait vivre un nouveau souvenir, une nouvelle émotion, une nouvelle douleur.

La discussion devenait trop difficile pour moi, et à la fois, totalement indispensable. Je voulais leur parler; comme si ma vie en dépendait.

Mes barrières se sont effondrées, ma pudeur s'est envolée. Et avec elle, ma carapace d'adulte forte. Je pouvais, je voulais enfin pleurer devant mes essentiels; ceux qui d'un seul regard me transmettent tout l'amour et la tendresse de la planète.

Quel énorme paradoxe que de parler comme un adulte et de pleurer des larmes d'enfant en même temps!

Quelles vannes se sont ouvertes ce samedi après midi? J'ignorais leur existence, je ne connaissais pas non plus le barrage qui contenait tous ces flots.

Vider cette eau de moi, oter ce poids de mes épaules m'ont fait apparaitre un autre barrage.

Ma mère m'a dit qu'elle n'avait jamais osé me poser de questions, me demander précisément ce qu'il s'était passé dans cette cave.

A cette question, j'ai pensé à ce que m'a dit une personne très chère à mes yeux.

Si ça, je le dit un jour, si j'y parviens, je ne sait pas comment je réagirais; mais le trouble que cela évoque en moi me fait craindre une telle violence que je n'y résisterais pas.

Alors, je me demande: ai je donc si peu avancé que je sente si fort les tourbillions de ces eaux usées? Pourquoi ces remous sont ils si violents, cette colère sous jacente si forte?

Ca me fait peur d'avoir en moi une énergie négative aussi énorme. Quelle forme prendrait elle? La haine? La colère? La douleur? La honte?
Tout celà à la fois?

Moi qui peux si bien parler de ça, je me sens incapable de le dire vraiment. Pas encore.







Par ether-et... - Publié dans : Viols et conséquences
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Mardi 22 avril 2008
Je pleure, perdue devant cet amour maternel dont on m'avait tellement parlé et que je n'imaginais pas ainsi.

Mon gynéco et mon amie se retirent, me laissant ainsi ce moment pour moi seule, pour que je le grave en moi.
Je finis par me relever, m'habiller et je retourne vers eux.

Mon gynéco me demande si je suis sûre, bien évidemment, je n'ai pas changé d'avis, j'en suis encore plus persuadée maintenant; j'aime trop ce bébé pour lui infliger la blessure immonde d'être renié par son père alors qu'il est encore dans le ventre de sa mère.

Une semaine de réflexion est imposée par la loi, mais nous passons outre, on modifira les papiers...
Je prends donc les cachets que mon médecin me tend, je les regarde comme on regarde une arme. Je sais qu'ils vont tuer.

Je les avale quand même, nous prenons rendez vous pour le mercredi, à la clinique, afin de prendre le comprimé qui déclenchera la fausse couche.

Je rentre chez moi telle une automate, je m'assois sur mon canapé, les yeux dans le vide, rien ne circule plus dans mon cerveau, je ne sais plus ni qui je suis, ni où je suis.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi; agarde, mais le moment est arrivé, terrible.
Ces petites bulles que je sentais, celles qui m'avaient fait penser que j'étais enceinte, celles qui m'accompagnaient depuis quelques jours se sont arrêtées.
Plus rien dans mon ventre.

J'ai réalisé qu'il était mort. C'était encore plus concret; ça y est, je venais de tuer mon propre enfant...
Les larmes ne se sont tarries que tard dans la nuit.

Le mardi, je suis allée travailler, les machoires crispées. Et une personne désagréable, agressive m'a fait craquer. J'ai fait ce que je ne fais jamais, je lui ai hurlé dessus en pleurant, je suis partie en claquant la porte.

Je suis restée un moment dans la voiture, secouée de sanglots, puis j'ai appelé S, mon amie.

Elle a été formidable, a prévenu toutes les personnes que je devais voir ce jour là que je ne viendrais pas, que quelqu'un d'autre viendrait, elle a organisé mon remplacement, m'a dit de venir chez elle tout de suite.
Sauf que conduire dans une grande ville lorsque l'on sanglotte n'est pas chose facile...

Elle m'attendait, d'autres amis étaient là, certains avec des fleurs. Je ne pouvais cesser de pleurer, pendant des heures et des heures. J'ignorais que j'avais autant de larmes.

Ma meilleure amie, F, est arrivée le soir chez moi, elle m'a accompagnée le lendemain matin à la clinique avec S.
La mort dans l'âme, j'ai pris le comprimé qui ferait partir cet embryon en moi qui était déjà mort.
Etrangement, j'aurais aimé le garder...

Je devais rester en observation le temps que la fausse couche ne commence, nous avons attendu, attendu...

Et soudain, une douleur inouïe me déchire le ventre, elle me couche, je sais, je comprends; ça a commencé.

J'ai alors le droit de rentrer chez moi. J'ai mal, mon utérus se vrille comme un linge qu'on essore, mais je m'en fiche.
Cette douleur n'est rien, je l'ai mérité, elle est encore bien faible au regard de l'acte que je viens de commettre.
Elle n'est rien face à la douleur qu'il y a dans mon coeur.

Mon corps, mon coeur, mon âme, je ne suis qu'une déchirure.

La journée s'égraine lentement, noyée par des flots de sang qui s'écoulent inlassablement. Mes amies sont près de moi, immensément patientes et prévenantes. Elles veulent que je mange, que je boive autre chose que du café; mais rien ne veut passer.
En milieu d'après midi, A. me téléphone. Mais il a un radar ce connard!!! Il me demande si je suis calmée, si je vois les choses avec réalisme, me dit que de toute façon, ce n'est pas un bébé, juste un tas de cellules...
Et toi, t'es pas un tas de cellules peut être?
Je le hais, avec une violence jamais ressentie jusqu'alors.
Je lui raccroche au nez en ne lui disant pas que j'ai avorté.

Le lendemain, ma meilleure amie repart chez elle; elle partie, le silence me tiend compagnie.
Ma conscience torturée se réveille, je me hais, je me méprise, je suis une enfanticide.
Je regarde la fenêtre; elle m'appelle.

J'attrape le télephone et appelle mon grand frère, "viens, ça ne va pas, je vais sauter".
Il est arrivé en un temps record, a calmé mon angoisse malgré sa gène face aux évènements, ne sachant ni que faire ni que dire. Mais sa présence seule a appaisé ce moment.

Ma mère est arrivée le samedi, alertée par mon frère et mes amis. Elle a agi d'une façon totalement inédite pour elle; j'en garde un souvenir impressionné.

Elle m'a forcé à m'habiller, m'a imposé que nous sortions manger. Malgré mon refus, elle a insisté. J'ai obéi à ma mère. Nous sommes sorties, avec mon amie S, toutes deux me soutenant. Je ne pouvais marcher seule, je n'avais rien mangé depuis quatre jours et je perdait une quantité de sang anormale, mais je refusais d'aller à l'hopital.
En revenant du restaurant, je suis allée aux toilettes et j'ai vu mon bébé partir, emporté dans des tourbillons d'eau...

J'ai mangé, ma mère est restée une semaine près de moi; elle a été une vraie mère, ce qui contraste avec son rôle habituel de maman poule.
Elle m'a fait du bien, elle m'a soutenu, aidé, réconfortée.

Mais elle n'a pas su m'enlever cette haine que j'avais pour moi, ce mépris profond, ce sentiment que désormais, je ne mérite plus qu'une belle chose ne m'arrive dans la vie. Je suis damnée, j'ai tué mon bébé, ce bébé que je voulais, que j'aimais, mais à qui je n'ai pas eu le courage de donner la vie.

Le 20 avril 2005, je suis devenue un monstre.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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Lundi 21 avril 2008
"A, je crois que je suis enceinte"

Silence au bout du fil, puis, sa voix hésitante me dit d'attendre d'en être sûre avant de parler de ça.
Oui, bien sûr, je vais faire un test; mais à ce moment là, je veux du réconfort, peut être même une ébauche de contentement à cette idée. Mais non, pragmatique comme à son habitude, il ne m'a rien dit de tel. Juste de faire un test.

Dimanche matin, je travaille, lorsque je termine, une amie me téléphone; elle boit un café avec un de nos potes, elle me propose de la rejoindre.
Mes mains tremblent, je tiens le test de grossesse et je ne me sens pas la force de l'affronter seule.

Alors j'accepte, je leur raconte que peut être, je suis enceinte. Et je ne peux plus attendre, je vais faire le test. Petit pipi sur la bête, je regarde. Le témoin positif apparait avant même que le trait qui indique que le test est bien fait ne se dessine.
Pas de doute, je suis enceinte.

Spontanément, un immense sourire se grave sur mon visage et une forme d'excitation me parcoure les veines.
Je retourne vers mes amis et leur annonce la nouvelle. Nous décidons d'aller chez le pote pour en parler calmement. Sur le chemin, je vole presque, je suis aux anges, je suis enceinte et même si je ne voulais pas que ça arrive, ça me rempli de joie.

Et j'appelle A pour lui dire que c'est confirmé, polichinelle dans le tiroir.
Sa réaction a été pour le moins inattendue. Première phrase dite : "ben ça, c'est pas une bonne nouvelle". Gloups! Je l'attendais pas, celle là...
Et puis il me dit qu'il veut y penser, qu'il me rappelle dans l'après midi. Moi, je me dis que selon toute logique, de sucroît parce que nous sommes dimanche, il va sauter dans sa voiture et venir en parler avec moi.

Pauvre folle! Fin d'après midi, toujours aucune nouvelle. Il aurait dû arriver depuis longtemps si il avait voulu venir. Je le rappelle, angoissée.
Il est au PMU avec des amis! Je tombe sur le cul. Il vient d'apprendre qu'il va être papa, me balance que c'est une mauvaise nouvelle, me promets de me rappeler et va parier avec ses potes!!
Mauvais début de conversation, ça promet d'être chaud...
Et il me dit que c'est trop tôt (ben, oui, suis je bête, ça ne fait que 4 ans que nous sommes ensemble; c'est que dalle), que sa situation ne lui permet pas d'avoir un bébé, qu'il n'en veut pas de toutes façons; point barre.
Il me dit aussi quelques gracieusetés, comme quoi je l'ai fait exprès, que je l'ai piègé, qu'il ne se fera pas avoir, que je dois me débarrasser de "ça" etc...
J'ai eu le droit à toute la panoplie de saloperies qu'un mec peut sortir à une fille dans ces situations là; à l'exception du terrible "il est de moi, au moins?".

Je bouillonne, je lui hurle que c'est vraiment un connard fini, que je suis la reine des connes d'avoir cru une seconde qu'il allait avoir une réaction adulte.
Il fini par me dire qu'il me rappellera quand je serai calmée, qu'il laisse passer 3 ou 4 jours.

Merci du cadeau; me voilà donc toute seule pour gèrer l'affaire.

Tentons d'être calme. Selon mes calculs, je suis enceinte de trois semaines, ce ne sont pas nos galipettes ces derniers temps qui auraient pu rendre ça possible autrement.

Ma situation? Je vis dans un F2 qui me coûte une fortune, je me lève aux aurores pour bosser et jamais je ne trouverais une nounou qui accepte un enfant à 6 heures du matin.
Si cet enfant me pose la question un jour sur qui est son père, je lui dis quoi, moi, à mon bébé?
Je lui invente un papa idéal ou je lui balance la cruelle vérité en pleine gueule?

Non, je ne peux pas, je ne veux pas faire un enfant toute seule. C'est injuste envers ce petit. Je dois avorter.

Je rentre chez moi, ne sachant plus comment penser, étant partagée entre la joie de sentir ces petites bulles dans mon ventre et l'angoisse de l'avenir. J'ai comme un voile opaque devant les yeux, je n'arrive pas à envisager de quelle façon je vais gèrer tout ça.
Je ne sais plus rien, juste que je suis complètement perdue.

Lundi matin, mon amie télephone à notre gynéco commun et prend rendez vous pour l'après midi même. Je lui demande de m'accompagner, je stresse comme une folle à l'idée de ce que je m'apprète à faire.

Il nous reçoit, souriant et chaleureux, comme à son habitude. Après un court entretien pour évaluer la date de la grossesse (3 semaines, bon calcul), il me demande ce que je compte faire. Je n'hésite pas, affiche une assurance magnifiquement feinte. Pas de doute, j'avorte.
Ma grossesse est suffisament récente pour prendre la pilule abortive.

Avant de parler plus avant, une petite échographie, histoire de confirmer le test.

 

Je commets à ce moment là une des plus grosses erreurs de ma vie. Je regarde l'écran de l'échographe...

Et je le vois, là, accroché en moi, ce petit pois. Mes yeux s'écarquillent, je ne parviens pas à détourner mon regard, mon esprit est arrêté.
Je regarde mon bébé, mon petit pois, ce tour de magie incroyable. J'hallucine complètement, je suis transportée dans une autre sphère, je ne comprends rien, je ne cherche plus à comprendre; d'ailleurs.

Je ressens, je ne suis plus qu'une boule d'amour, entièrement tendue vers ce petit pois figé sur l'écran de l'échographe. Ce petit pois; c'est mon bébé, ce bébé que je ne vais pas garder. Et pourtant, mon Dieu que je l'aime!

Ce sentiment d'amour jamais ressenti auparavant, tellement immense qu'une armée entière ne l'aurait même pas fait frémir.

Le paradoxe entre mes émotions et ma raisons est trop grand, je ne peux pas le supporter; je ploie sous cet amour, sous cette douleur. Je sanglotte devant mon petit pois.



L'échographie en illustration n'est pas la mienne, le gynéco m'en a cruellement privé, mais c'est ce qui ressemble le plus à mon écho.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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Dimanche 20 avril 2008

Quand je suis célibataire depuis un bon moment, trop longtemps en résumé, mon besoin de tendresse, d'amour et d'attention peut me pousser à faire de belles conneries.

Que ce soit faire 2000 bornes pour me rassurer sur mon pouvoir de séduction (cf "Juste pour le sexe") ou coucher avec un ami parce que là, tout de suite, ça me chatouille; je suis capable quand ça me prend de faire n'importe quoi, sans forcément penser aux conséquences.

Jusqu'ici, je choisis de ne rien regretter, mais à y regarder de plus près, ma dernière boulette en date me coûte encore bonbon.

Il y a de ça presque sept ans maintenant, je me sentais seule, mal dans mes baskets, je craignais de finir vieille fille retrouvée morte bouffée par ses chats et ses chiens.
Je venais d'emménager, j'avais tout changé dans ma vie pour aller à la grande ville et j'avais bien du mal à m'y accoutumer.

Mon nouveau boss se prenait allègrement un mois de vacances, et du coup je me retrouvais aussi au chômage technique.
La canicule m'a chassé de mon nouveau chez moi, j'optais alors pour les grands espaces de ma naissance; en un mot, je décidais d'aller passer ce mois chez papa maman.

Je me retrouve donc chez mes parents, coincée un mois au milieu de nulle part, au milieu de la cambrousse; angoisse.
Moi la citadine, je ne supporte la campagne que 4 ou 5 jours au plus. Après je ressemble à un poisson hors de son bocal, je veux du bruit, du monde, des sirènes, bref, la vie.

Pour pallier au manque d'animation, et aussi parce que j'apprécie leur compagnie, je décide de passer le plus clair de mon temps avec des amis de longue date.
Elle est une femme imposante; tant par la carure que par le caractère. Elle me veut casée, et de préfèrence avec quelqu'un du coin; comme ça, je reviendrai...bien sûr.

Elle me présente donc à A. restaurateur, cantine attitrée de L, mon amie. Il est turc, pas trop mal, timide, gentil, et surtout, complètement impressionné quand il me voit.
Ca me charme de voir l'effet que je lui fait, je biche, savoure ce succès que je pensais impossible.
Mais il y a un hic; il est marié.
Je résiste donc une bonne semaine aux tentatives marquées de L pour nous mettre ensemble. Et un soir, je me dis que je m'en fous, que si ce n'est pas moi, ce sera une autre, que sa femme est en turquie sans lui, et surtout, que ça n'a pas d'importance vu que ce ne sera que pour l'été.

Alors, je cède à ses regards éperdus, à ses fleurs apportées timidement, à ses sourires gènés.

Mes vacances se terminent et je rentre chez moi, avec dans mes bagages mon célibataire de circonstance. Après lui avoir interdit tout contact physique trop rapproché, je cède aux frissons de mon ventre, au désir inassouvi depuis trop longtemps.
Il est maladroit, n'a jamais fait l'amour en plus d'un quart d'heure...pas génial.
Mais je me dis que je peux le forger à ma main...hum, hum, interressant...

Quelques jours plus tard, il rentre chez lui, bobonne va rentrer; pour moi, fin de la parentèse estivale.
Je reçois peu de temps après un bouquet de fleurs avec une carte ne portant que ces mots "je t'aime".
Vent de panique à l'horizon, je l'appelle, lui fait comprendre que non, ça y'en est pas possible, toi marié, blabla...bref, je le plaque.

Jusque là, rien de bien grave... sauf que quand je dis que je suis barrée, je sais ce que je dis.

Je le rappelle une semaine plus tard, angoissée de ne plus jamais avoir quelqu'un qui m'aime comme lui ou qui m'aime tout court.

Nous reprenons notre histoire là où nous l'avions laissée, mon cerveau s'endort dans ses bras, enfin, je m'abandonne vraiment dans les bras d'un homme, enfin, j'arrive à avoir un orgasme avec cet homme qui sait ce que j'aime, là où il peut aller et là où c'est interdit.
Mes hormones envahissent ma tête, je crois tomber amoureuse, je suis dépendante de cette histoire dans laquelle le sexe prend 90% de la place libre.
Nous parlons peu, aucun interêt commun, il n'a d'opinion sur rien. Ca me gène, mais cette invitée indésirable s'envole sur l'oreiller...

Le temps passe, il ne quitte pas sa femme comme il l'avait promis (je sais, mais lui c'était pas pareil...)et un jour, elle l'apprend.
Elle me harcèle, veut savoir si je l'aime. Je la renvoie à son mari; qu'elle voie avec lui, je n'ai pas de place dans leurs histoires de couple. Il y a lui et moi d'un côté, lui et elle de l'autre.
Si une personne peut donner un avis, c'est lui; pas moi.

Elle menace de me tuer, nous nous séparons alors, dans une scène digne d'un mélo à l'eau de rose. Deux mois de séparation pour que le soufflet retombe; puis il sera tout à moi...
Il revient, il est toujours avec elle, mais, dit il, elle pense qu'on ne se voit plus.

Je sais alors que je ne l'aime plus, que je ne l'aime pas, que je n'ai jamais aimé que faire l'amour avec lui, la façon dont il me regardait. Mais lui, je ne l'ai jamais aimé.
Je reste quand même, comme indissociable de cet espoir de ne pas finir seule.

La relation se dégrade, je trouve de plus en plus qu'il se paie ma tête, nous nous voyons de plus en plus rarement, et nous nous disputons à chaque fois. Enfin, je hurle et il ne dit rien...

Et puis un jour, je me dis qu'il y a un truc bizarre en moi. Je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Je l'appelle un samedi soir, "A, je crois que je suis enceinte". 

Par ether-et... - Publié dans : Le sexe et moi
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Dimanche 20 avril 2008
De sa vie, on ne pouvait en dire beaucoup, elle était d'une banalité affligeante.
Se lever, se préparer, aller bosser, rentrer se coucher.
Travailler pour vivre, mais un truc qui manque pour vivre vraiment. Un poil solitaire, beaucoup de peur, pas forcément fêtarde, petits traits de personnalité qui la rendait casanière.

Elle s'ennuyait, ne savait pas quoi faire de ses journées de congé, de ses après midis, elle tournait en rond, s'enivrait de l'écran de son ordinateur pour occuper ses mains, son esprit.

Elle avait pas mal changé de travail, comme si la perspective de se fixer lui faisait peur. Même dans sa vie privée, elle s'évertuait à ne choisir que des relations impossibles, qui ne la rendrait pas rivée à un autre. De ses relations amicales, elle ne gardait que celles qui étaient un peu distantes, quand la vie de l'autre se suffit à elle même.

Elle était fuyante, cherchait à ce que rien n'adhère vraiment sur elle, à ne dépendre que d'elle même, à s'auto suffire en tout.

Elle satisfaisait à son besoin des autres par son travail qui l'amenait à prendre soin d'eux, de leur santé, de leur moral.
Elle s'ennuyait, mais elle était bien, elle ne risquait pas grand chose dans sa vie ultra protègée de tous les dangers que peuvent représenter autrui.

Et un jour qu'elle était sur internet, elle tombe sur un site qui l'interresse, les visiteurs se donnent des conseils, posent des questions, d'autres répondent à la hauteur de leurs connaissances.
Elle trouve là un nouveau dérivatif à une vraie vie sociale, elle va parler à d'autres sur internet, faire profiter autrui de ses connaissances tout en gardant un anonymat confortable.
La belle aubaine!

Et puis, petit à petit, elle se rend compte qu'il y a un noyau d'habitués sur ce site, qu'ils se connaissent, discutent ensemble au vu de tout le monde, mais aussi en privé.
Petit à petit, ces habitués lui parlent, témoignent un interêt pour qui elle est, ce qu'elle aime ou n'aime pas.
Petit à petit, elle se livre à certains dont elle se sent plus proche, de par leurs écrits, par l'humanité qui transpire de leurs propos.
Petit à petit, elle se fait prendre au piège, elle donne d'elle.

Et un jour, la question est posée, embarassante, effrayante: et si on se rencontrait?

Elle n'avait pas prévu ça, ne l'avait même pas vu venir...
Elle a su éluder la questions une ou deux fois, décliner gentiment, mais un jour, elle fut à court d'arguments. Pourquoi refuser de rencontrer une personne qui habite à côté de chez elle, avec laquelle elle semble bien s'entendre et qui témoigne le désir de la voir, d'entrer dans sa vie?

Comment donner cette réponse qui parait invraisemblable? Parce qu'elle a peur.

Malgré cela, une nouvelle audace est née dans sa vie, elle se dit qu'elle ne risque pas grand chose, au fond. Alors, elle accepte de la rencontrer, dans un café, un dimanche après midi, avant de retourner travailler.
Elle se dit que ça va prendre une demi heure, que la demoiselle verra sa curiosité satisfaite, comprendra que ça ne collera pas et s'en ira comme elle était venue.

Elle s'est trompée, elles ont bavardé des heures, comme si elles se connaissaient depuis longtemps.
Elles se télephonent ensuite de temps à autre, se revoient une ou deux fois, compagnie agréable qui sait confirmer cette impression confortable d'être enfin avec quelqu'un qui ne juge pas.

Et puis, les intervenants du site proposent de tous se rencontrer, sorte de réunion d'anciens qui ne se sont jamais vus.
Auréolée de la réussite de sa dernière rencontre; elle décide qu'elle ira à ce rendez vous improbable.
Elle accepte même de loger un jeune homme qui fait un long trajet pour se rendre à la réunion.
Elle ne l'a jamais vu, elle le connait si peu et elle accepte qu'il dorme chez elle! Quel progrès dans cette socialisation!

Rendez vous est donné pour la grand messe un samedi après midi, la nouvelle copine acceuillera un autre jeune homme.
Il est dit que les hôtes arriveront la veille de la réunion.

Elle est fébrile en attendant le jeune homme qu'elle connait si peu. Certes, elle apprécie ses propos, il lui parait être quelqu'un de bien, ils ont des points communs, mais comment savoir?
Elle va boire un café en l'attendant, l'oeil rivé sur sa montre, souhaitant à la fois accelèrer le temps et lui faire rebrousser chemin pour qu'elle puisse annuler.
Finalement, elle sort du café et tombe nez à nez avec le jeune homme. Ils se reconnaissent tout de suite, se saluent chaleureusement et partent chez elle en attendant le soir de voir la nouvelle copine et son hôte.

Ils passent tous les quatre une soirée fabuleuse, pleine de rires, de petites confidences et de jeux.
Elle rentre avec le jeune homme; ils ne cessent de parler, de se trouver des points communs.

La réunion du lendemain se passe assez agréablement, journée un peu longue pour elle, si peu habituée aux sourires de circonstance et aux conversations multiples pendant des heures.

Le jeune homme, quant à lui, restera quelques jours chez elle, profitant de son passage pour visiter certains amis.
Lorsqu'il part le mercredi, ils sont en larmes tous les deux, déchirés de devoir se séparer.
Il lui manque déjà, à peine revenue de la gare. Ils se téléphonent le soir, s'écrivent.
Tous les jours, plusieurs fois par jour; avoir des nouvelles de lui, parler avec lui.
Et puis, elle part le voir quinze jours plus tard. Forme de test pour savoir si ils s'entendent vraiment bien ou si ce n'était que momentané.

Ils s'entendent vraiment bien, ils rient de tout et de rien, s'entendent sur presque tout, abordent de multiples sujets de conversation.

Très vite, ils parlent de vivre en colocation, la distance est difficile à vivre, coute cher et les énervent un peu.
Petit à petit, le sujet devient plus sérieux, ils forment vraiment le projet de faire cette colocation.
Date est finalement prise, elle en parle à ses collègues, à ses patients, à sa famille et à ses amis.

Elle est heureuse, elle voit sa vie prendre un nouveau chemin, plus clair, plus vivant. Il l'aide tellement à ne plus avoir peur, à aller vers les autres!

Et puis, à deux semaines de donner son préavis, il lui que finalement, il ne veut pas qu'elle vienne vivre avec lui, qu'il ne sait plus, qu'il doit réfléchir.
Elle ne comprend pas, elle pleure, elle a mal. Elle se sent bête d'avoir cru à ça. Comment pouvait elle vraiment croire qu'elle était assez interressante pour que quelqu'un accepte de changer ses habitudes pour elle?
Elle tiend à lui, toujours, mais elle a mal. Il a beau essayer de parler avec elle, de la rassurer, elle se noie. Perdue au milieu de ses vieux démons, elle choisi de ne voir que le noir.

Tout doucement, guidée par l'attachement qu'elle a pour lui, par les paroles qu'il lui dit, elle accepte d'aller le voir, de parler face à face.
Elle est rassurée, il l'aime; elle aussi.
Mais tout au fond d'elle, il y a comme un trou qui ne se referme pas.

Un jour, il lui dit que cette fois sa décision est prise, qu'il veut qu'elle vienne, il a bien réfléchi, il est sûr.
Elle est contente, mais cette joie est voilée par le souvenir de cet après midi où il avait brisé son rêve sans se rendre compte que les démons qu'il avait réveillés n'étaient pas si faciles à faire taire.

Elle compte quand même partir, elle donne même son préavis pour libérer son appartement, elle prend des contacts pour travailler sur place.
Mais au fond, elle ne saute pas de joie, elle a peur maintenant. Il a tellement perdu sa confiance...

Elle sait bien qu'il ne mesure pas à quel point elle peut avoir peur, à quel point sans lui en vouloir, elle ne parvient pas à oublier qu'une fois, déjà, il a piétiné ce coeur si fragile.

Elle fait des efforts, refuse de se comporter comme habituellement, elle veut tuer ses démons. Elle lutte, se bat contre eux, fait tout ce qu'elle peut pour résister à la tentation de s'enfermer chez elle et de faire la morte.

Elle partira.

Parce qu'elle tiend à lui déraisonnablement, parce qu'elle refuse de le blesser, parce que quelque part, dans un coin de son coeur, elle y croit.

Mais elle veut qu'il sache que même si elle ne montre pas un enthousiasme débordant, elle se battra pour que ça fonctionne, elle en a vraiment envie.
Même si elle sait bien que ce n'est que temporaire, qu'il lui demandera un jour de quitter la place, elle viendra et sera heureuse de partager le quotidien avec lui.

Parce qu'elle l'aime, elle partira.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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Mercredi 16 avril 2008
Mon amour tunisien m'avait apporté bien évidemment quelques connaissances dans ce pays que j'adore.
Ses amis devenaient mes amis, nos soirées tunisiennes commençaient toujours avec plein de monde et se terminaient en trio, lui, moi et notre lit en arbitre.

Lors d'une de ces soirées, nous avons rencontré le frère d'un des amis de S. Grand, fin, un charme à tomber par terre et un regard plein de promesses, ce fut la seule fois de ma vie où j'ai regretté de ne pas être seule...

Alors que la relation avec S venait de s'achever, une de mes amies tunisiennes m'a invité à son mariage, me donnant ainsi l'occasion de retourner dans ce pays magnifique.

J'ai hésité, craignant que de me retrouver à l'endroit où j'avais vécu tant de beaux moments avec S; mais son insistance a eu raison de mes craintes.

Je suis donc partie, mon billet de retour pour 15 jours plus tard en poche.

Le mariage a duré une semaine. Je dois bien avouer avoir passé la semaine la plus barbante de toute mon existence...
La compagnie était certes, agréable, mais ma conception des vacances est bien loin de la réalité d'un mariage tunisien.

Nous étions enfermés toute la journée, ne sortant que pour nous rendre chez le coiffeur, l'esthéticienne ou le hammam.

Une future mariée ne doit pas sortir; c'est ainsi.

Les quelques fêtes de mariage séparaient inlassablement les femmes des hommes et je devenais folle dans ce monde exclusivement féminin.

J'avais demandé à la future mariée de me trouver un hotel à Hammamet pour la semaine suivante, refusant ainsi sa proposition de suivre le tout nouveau couple en voyage de noces.
Je suis souple, multifonction, mais chandelier ne fait pas partie de mes attributions...

J'arrive donc, le lendemain du pire mariage de ma vie à Hammamet, dans dans mon hotel, seule, prête à passer une semaine sous le signe de l'inconnu.

Le lendemain matin, je me suis rendue sur le lieu de travail de ce jeune homme rencontré des mois plus tôt avec S.
Ce jeune homme dont le regard m'avait promis tant de choses; ce jeune homme qui avait éveillé une nouvelle sensation, une nouvelle audace en moi.

Je voulais goûter ses promesses...

Passée la surprise de me voir, comprenant vite que je suis libre, lisant entre les lignes que je suis là pour lui, pour prendre ce qu'il m'avait implicitement promis quelques mois plus tôt, il s'engagea à me donner ce que j'étais venue chercher.

Je ne réflechissais pas; je ne voulais rien d'autre que du sexe, aussi gourmande que ces femmes d'une cinqunataine d'années qui vont en république dominicaine gouter la peau des beaux gigolos.

Pas de honte en moi, pour une fois, j'assumais totalement mes envies, mes désirs les plus inavouables.

Malheureusement, les promesses de ce regard étaient bien loin de la réalité. Je me retrouvais avec ce genre d'homme qui aime prendre sans donner.
Manque de bol; pour une fois, je veux prendre. Donner un peu, mais je veux prendre.

J'ai vécu une semaine étrange, ponctuée par nos joutes sexuelles, batailles du qui va prendre le plus et qui acceptera de cèder à l'autre.
Une face jusqu'alors inconnue s'est dévoilée à moi.
Je refusais de cèder le moindre terrain, le punissant par une privation lorsqu'il n'accedait pas à mes envies, le tenant par ce qu'il voulait le plus, le menant par le bout du nez; ou d'autre chose...

Ebahie du pouvoir que l'on peut avoir sur un homme, stupéfaite de voir qu'il ne se sauve pas alors qu'on le maltraite presque, je me sentais forte de cette arme invisible que j'utilisais contre lui pour parvenir à mes fins et qui fonctionnait si bien.

Dans mon univers; jusque là, j'appelais les femmes agissant ainsi des salopes. Mais je me sentais bien dans ce rôle. Il ne s'agissait pas d'amour, pas d'une relation qui durerait au delà de ces vacances.

Je suis rentrée en France, auréolée de ces découvertes; fière d'avoir su apprivoiser une face de ma sexualité qui m'éloignait de mon passé, qui tranchait si vivement avec toutes mes barrières d'avant que je me sentais capable de reverser des montagnes...

A nouveau, le monde m'appartenait, je pensais avoir vaincu mes démons.

Il n'en était rien, je le sais maintenant, mais je garde de cette semaine hors du temps et de la réalité un souvenir amusé.


Par ether-et... - Publié dans : Le sexe et moi
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