Mardi 15 janvier 2 15 /01 /Jan 13:57

Une des conséquences majeure de mes agressions est la peur des autres, quels qu'ils soient.
Je me sens en danger face à l'autre, j'ai peur qu'il découvre mes failles, qu'il lise en moi et utilise ce qu'il a vu pour me blesser.

Plus le temps passe et plus je me suis confrontée à ce problème, puisque je rencontrais de plus en plus de personnes. Je me sentais agressée de toutes parts, jamais à l'abri, toujours sur la défensive.

Le peu de personnes qui avaient eu accès à ce que j'étais m'avaient blessée, humiliée, je ne voulais pas que cela recommence.
Je me suis donc fabriqué un blindage. Redoutable d'efficacité, il m'a cependant probablement plus couté que servi...

A trop avoir peur des autres, on cherche à les fuir. Le hic; c'est que c'est impossible. Ils sont partout, tout le temps. Le moyen que j'ai trouvé était de ne montrer de moi que ce que je voulais qu'ils voient, de ne jamais me laisser atteindre par qui que ce soit, de ne jamais, non; plus jamais avoir mal...

Je souris de lire ces lignes, tant mon raisonnement d'alors était stupide...

Pour ne pas être blessée, j'ai envoyé aux autres l'image d'une jeune femme dure, insensible, exigeante et agressive. Mon rôle était parfait, personne ne voyait (ou ne voulait voir) la personne sous le vernis.
J'entendais souvent "toi, tu es dure" ou encore "mais cesse cette agressivité!"

Non, j'étais fière de ma carapace, fière que rien ne m'atteigne plus, heureuse de voir que je vivais avec les autres sans qu'ils ne soient réellement avec moi. Puisque ce que je suis, je l'avais terré au plus profond de moi.

Personnage de composition et personnalité se sont mèlés, pour finalement ne laisser de la place qu'à la jeune femme froide et insensible que j'avais inventé.
Pas que celle que j'étais ne soit pas sociable ou souriante; mais rien ne m'atteignait.

Un soir, une amie me téléphone et me dit au cours de la conversation "mais aimes tu quelqu'un au fond?"
Ma première réaction a été de dire que bien évidemment j'aimais plein de monde! La preuve, il y a des gens autour de moi!
Mais au fond de moi, je ne ressentais pas l'amour que je prétendais avoir pour les autres.
J'ai raccroché le combiné, je suis restée hagarde quelques minutes.

Incroyable! Je ne ressens rien! Pour personne. Aucun amour, aucune tendresse, aucune sympathie pour qui que ce soit. Même ma mère, je n'éprouvais alors absolument rien pour elle et son sort m'était parfaitement égal.
Et plus que ces sentiments, je ne ressentais ni peine, ni douleur, ni joie, ni haine...

Rien. Que le vide, le néant. le degré zéro de l'émotionnel. Nada, que dalle.
Première émotion ressentie quelques jours  plus tard: la peur. Ma vieille copine se devait de montrer le bout de son nez pour me faire comprendre que j'étais quand même encore un peu vivante!

Peur de n'être qu'une coquille vide, de passer à côté de ma vie, d'être seule, puis; la peur de blesser mes parents.

J'ai cherché comment réapprendre à ressentir les choses, les gens, les émotions.
Commencer par regarder un coucher de soleil et chercher une émotion en moi. Même minime, juste un frissonnement, un tout petit quelque chose.
Un point de départ, en somme.

J'ai dû en regarder des couchers de soleil, des oiseaux qui virevoltaient sous mes yeux blasés, des coccinelles qui venaient me déranger, des cieux roses, gris, pourpres avant qu'enfin, une petite émotion vienne me titiller l'estomac.

Et c'est venu. Pour un rien d'abord, puis pour une multitude de petites choses sans interêt.
J'ai dû lutter pour m'arrêter sur ces petites choses, pour chercher et chercher encore ce qui rend les gens vivants...

Mais pour les êtres humains, la tâche fut rude. Aimer l'autre, se laisser aimer, offrir à l'autre ce que l'on est; avec nos douleurs et nos blessures. C'est difficile...très dur.
J'y suis arrivée. En acceptant ce que les autres me donnaient, en appréciant le cadeau qu'ils me faisaient en m'aimant malgré tout.
J'y suis arrivée aussi en avouant enfin que j'avais mal. Mal d'être différente, mal d'être marquée à vie au fer rouge, mal de ces blessures qui ne se referment jamais complètement.

J'ai tellement peur!! Comme une petite fille perdue dans le noir, ne sachant pas quelle main tendue saisir.

Si aujourd'hui j'aime les autres, j'aime ce qu'il y a autour de moi; c'est parce que je ne veux pas revenir à celle que j'étais; à cette jeune femme vide.

Mais chaque jour est une lutte, chaque relation un numéro d'équilibriste.
Je dois me battre contre moi même pour ne pas me refermer comme une huitre dès que je préssens un danger. Je me bats pour ne pas fuir loin des gens que j'aime, je dois lutter pour ne pas leur donner de bonnes raisons de ne plus m'aimer...

Parce qu'en moi, il y a toujours cette frayeur intense; cette peur immense qu'à nouveau on me blesse.
Peur que l'on brise le peu qui n'est pas encore brisé, peur de ne pas me relever, la prochaine fois.



 

Par ether-et... - Publié dans : Viols et conséquences
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