Dimanche 20 avril 7 20 /04 /Avr 15:23
De sa vie, on ne pouvait en dire beaucoup, elle était d'une banalité affligeante.
Se lever, se préparer, aller bosser, rentrer se coucher.
Travailler pour vivre, mais un truc qui manque pour vivre vraiment. Un poil solitaire, beaucoup de peur, pas forcément fêtarde, petits traits de personnalité qui la rendait casanière.

Elle s'ennuyait, ne savait pas quoi faire de ses journées de congé, de ses après midis, elle tournait en rond, s'enivrait de l'écran de son ordinateur pour occuper ses mains, son esprit.

Elle avait pas mal changé de travail, comme si la perspective de se fixer lui faisait peur. Même dans sa vie privée, elle s'évertuait à ne choisir que des relations impossibles, qui ne la rendrait pas rivée à un autre. De ses relations amicales, elle ne gardait que celles qui étaient un peu distantes, quand la vie de l'autre se suffit à elle même.

Elle était fuyante, cherchait à ce que rien n'adhère vraiment sur elle, à ne dépendre que d'elle même, à s'auto suffire en tout.

Elle satisfaisait à son besoin des autres par son travail qui l'amenait à prendre soin d'eux, de leur santé, de leur moral.
Elle s'ennuyait, mais elle était bien, elle ne risquait pas grand chose dans sa vie ultra protègée de tous les dangers que peuvent représenter autrui.

Et un jour qu'elle était sur internet, elle tombe sur un site qui l'interresse, les visiteurs se donnent des conseils, posent des questions, d'autres répondent à la hauteur de leurs connaissances.
Elle trouve là un nouveau dérivatif à une vraie vie sociale, elle va parler à d'autres sur internet, faire profiter autrui de ses connaissances tout en gardant un anonymat confortable.
La belle aubaine!

Et puis, petit à petit, elle se rend compte qu'il y a un noyau d'habitués sur ce site, qu'ils se connaissent, discutent ensemble au vu de tout le monde, mais aussi en privé.
Petit à petit, ces habitués lui parlent, témoignent un interêt pour qui elle est, ce qu'elle aime ou n'aime pas.
Petit à petit, elle se livre à certains dont elle se sent plus proche, de par leurs écrits, par l'humanité qui transpire de leurs propos.
Petit à petit, elle se fait prendre au piège, elle donne d'elle.

Et un jour, la question est posée, embarassante, effrayante: et si on se rencontrait?

Elle n'avait pas prévu ça, ne l'avait même pas vu venir...
Elle a su éluder la questions une ou deux fois, décliner gentiment, mais un jour, elle fut à court d'arguments. Pourquoi refuser de rencontrer une personne qui habite à côté de chez elle, avec laquelle elle semble bien s'entendre et qui témoigne le désir de la voir, d'entrer dans sa vie?

Comment donner cette réponse qui parait invraisemblable? Parce qu'elle a peur.

Malgré cela, une nouvelle audace est née dans sa vie, elle se dit qu'elle ne risque pas grand chose, au fond. Alors, elle accepte de la rencontrer, dans un café, un dimanche après midi, avant de retourner travailler.
Elle se dit que ça va prendre une demi heure, que la demoiselle verra sa curiosité satisfaite, comprendra que ça ne collera pas et s'en ira comme elle était venue.

Elle s'est trompée, elles ont bavardé des heures, comme si elles se connaissaient depuis longtemps.
Elles se télephonent ensuite de temps à autre, se revoient une ou deux fois, compagnie agréable qui sait confirmer cette impression confortable d'être enfin avec quelqu'un qui ne juge pas.

Et puis, les intervenants du site proposent de tous se rencontrer, sorte de réunion d'anciens qui ne se sont jamais vus.
Auréolée de la réussite de sa dernière rencontre; elle décide qu'elle ira à ce rendez vous improbable.
Elle accepte même de loger un jeune homme qui fait un long trajet pour se rendre à la réunion.
Elle ne l'a jamais vu, elle le connait si peu et elle accepte qu'il dorme chez elle! Quel progrès dans cette socialisation!

Rendez vous est donné pour la grand messe un samedi après midi, la nouvelle copine acceuillera un autre jeune homme.
Il est dit que les hôtes arriveront la veille de la réunion.

Elle est fébrile en attendant le jeune homme qu'elle connait si peu. Certes, elle apprécie ses propos, il lui parait être quelqu'un de bien, ils ont des points communs, mais comment savoir?
Elle va boire un café en l'attendant, l'oeil rivé sur sa montre, souhaitant à la fois accelèrer le temps et lui faire rebrousser chemin pour qu'elle puisse annuler.
Finalement, elle sort du café et tombe nez à nez avec le jeune homme. Ils se reconnaissent tout de suite, se saluent chaleureusement et partent chez elle en attendant le soir de voir la nouvelle copine et son hôte.

Ils passent tous les quatre une soirée fabuleuse, pleine de rires, de petites confidences et de jeux.
Elle rentre avec le jeune homme; ils ne cessent de parler, de se trouver des points communs.

La réunion du lendemain se passe assez agréablement, journée un peu longue pour elle, si peu habituée aux sourires de circonstance et aux conversations multiples pendant des heures.

Le jeune homme, quant à lui, restera quelques jours chez elle, profitant de son passage pour visiter certains amis.
Lorsqu'il part le mercredi, ils sont en larmes tous les deux, déchirés de devoir se séparer.
Il lui manque déjà, à peine revenue de la gare. Ils se téléphonent le soir, s'écrivent.
Tous les jours, plusieurs fois par jour; avoir des nouvelles de lui, parler avec lui.
Et puis, elle part le voir quinze jours plus tard. Forme de test pour savoir si ils s'entendent vraiment bien ou si ce n'était que momentané.

Ils s'entendent vraiment bien, ils rient de tout et de rien, s'entendent sur presque tout, abordent de multiples sujets de conversation.

Très vite, ils parlent de vivre en colocation, la distance est difficile à vivre, coute cher et les énervent un peu.
Petit à petit, le sujet devient plus sérieux, ils forment vraiment le projet de faire cette colocation.
Date est finalement prise, elle en parle à ses collègues, à ses patients, à sa famille et à ses amis.

Elle est heureuse, elle voit sa vie prendre un nouveau chemin, plus clair, plus vivant. Il l'aide tellement à ne plus avoir peur, à aller vers les autres!

Et puis, à deux semaines de donner son préavis, il lui que finalement, il ne veut pas qu'elle vienne vivre avec lui, qu'il ne sait plus, qu'il doit réfléchir.
Elle ne comprend pas, elle pleure, elle a mal. Elle se sent bête d'avoir cru à ça. Comment pouvait elle vraiment croire qu'elle était assez interressante pour que quelqu'un accepte de changer ses habitudes pour elle?
Elle tiend à lui, toujours, mais elle a mal. Il a beau essayer de parler avec elle, de la rassurer, elle se noie. Perdue au milieu de ses vieux démons, elle choisi de ne voir que le noir.

Tout doucement, guidée par l'attachement qu'elle a pour lui, par les paroles qu'il lui dit, elle accepte d'aller le voir, de parler face à face.
Elle est rassurée, il l'aime; elle aussi.
Mais tout au fond d'elle, il y a comme un trou qui ne se referme pas.

Un jour, il lui dit que cette fois sa décision est prise, qu'il veut qu'elle vienne, il a bien réfléchi, il est sûr.
Elle est contente, mais cette joie est voilée par le souvenir de cet après midi où il avait brisé son rêve sans se rendre compte que les démons qu'il avait réveillés n'étaient pas si faciles à faire taire.

Elle compte quand même partir, elle donne même son préavis pour libérer son appartement, elle prend des contacts pour travailler sur place.
Mais au fond, elle ne saute pas de joie, elle a peur maintenant. Il a tellement perdu sa confiance...

Elle sait bien qu'il ne mesure pas à quel point elle peut avoir peur, à quel point sans lui en vouloir, elle ne parvient pas à oublier qu'une fois, déjà, il a piétiné ce coeur si fragile.

Elle fait des efforts, refuse de se comporter comme habituellement, elle veut tuer ses démons. Elle lutte, se bat contre eux, fait tout ce qu'elle peut pour résister à la tentation de s'enfermer chez elle et de faire la morte.

Elle partira.

Parce qu'elle tiend à lui déraisonnablement, parce qu'elle refuse de le blesser, parce que quelque part, dans un coin de son coeur, elle y croit.

Mais elle veut qu'il sache que même si elle ne montre pas un enthousiasme débordant, elle se battra pour que ça fonctionne, elle en a vraiment envie.
Même si elle sait bien que ce n'est que temporaire, qu'il lui demandera un jour de quitter la place, elle viendra et sera heureuse de partager le quotidien avec lui.

Parce qu'elle l'aime, elle partira.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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