Lundi 21 avril 1 21 /04 /Avr 13:00
"A, je crois que je suis enceinte"

Silence au bout du fil, puis, sa voix hésitante me dit d'attendre d'en être sûre avant de parler de ça.
Oui, bien sûr, je vais faire un test; mais à ce moment là, je veux du réconfort, peut être même une ébauche de contentement à cette idée. Mais non, pragmatique comme à son habitude, il ne m'a rien dit de tel. Juste de faire un test.

Dimanche matin, je travaille, lorsque je termine, une amie me téléphone; elle boit un café avec un de nos potes, elle me propose de la rejoindre.
Mes mains tremblent, je tiens le test de grossesse et je ne me sens pas la force de l'affronter seule.

Alors j'accepte, je leur raconte que peut être, je suis enceinte. Et je ne peux plus attendre, je vais faire le test. Petit pipi sur la bête, je regarde. Le témoin positif apparait avant même que le trait qui indique que le test est bien fait ne se dessine.
Pas de doute, je suis enceinte.

Spontanément, un immense sourire se grave sur mon visage et une forme d'excitation me parcoure les veines.
Je retourne vers mes amis et leur annonce la nouvelle. Nous décidons d'aller chez le pote pour en parler calmement. Sur le chemin, je vole presque, je suis aux anges, je suis enceinte et même si je ne voulais pas que ça arrive, ça me rempli de joie.

Et j'appelle A pour lui dire que c'est confirmé, polichinelle dans le tiroir.
Sa réaction a été pour le moins inattendue. Première phrase dite : "ben ça, c'est pas une bonne nouvelle". Gloups! Je l'attendais pas, celle là...
Et puis il me dit qu'il veut y penser, qu'il me rappelle dans l'après midi. Moi, je me dis que selon toute logique, de sucroît parce que nous sommes dimanche, il va sauter dans sa voiture et venir en parler avec moi.

Pauvre folle! Fin d'après midi, toujours aucune nouvelle. Il aurait dû arriver depuis longtemps si il avait voulu venir. Je le rappelle, angoissée.
Il est au PMU avec des amis! Je tombe sur le cul. Il vient d'apprendre qu'il va être papa, me balance que c'est une mauvaise nouvelle, me promets de me rappeler et va parier avec ses potes!!
Mauvais début de conversation, ça promet d'être chaud...
Et il me dit que c'est trop tôt (ben, oui, suis je bête, ça ne fait que 4 ans que nous sommes ensemble; c'est que dalle), que sa situation ne lui permet pas d'avoir un bébé, qu'il n'en veut pas de toutes façons; point barre.
Il me dit aussi quelques gracieusetés, comme quoi je l'ai fait exprès, que je l'ai piègé, qu'il ne se fera pas avoir, que je dois me débarrasser de "ça" etc...
J'ai eu le droit à toute la panoplie de saloperies qu'un mec peut sortir à une fille dans ces situations là; à l'exception du terrible "il est de moi, au moins?".

Je bouillonne, je lui hurle que c'est vraiment un connard fini, que je suis la reine des connes d'avoir cru une seconde qu'il allait avoir une réaction adulte.
Il fini par me dire qu'il me rappellera quand je serai calmée, qu'il laisse passer 3 ou 4 jours.

Merci du cadeau; me voilà donc toute seule pour gèrer l'affaire.

Tentons d'être calme. Selon mes calculs, je suis enceinte de trois semaines, ce ne sont pas nos galipettes ces derniers temps qui auraient pu rendre ça possible autrement.

Ma situation? Je vis dans un F2 qui me coûte une fortune, je me lève aux aurores pour bosser et jamais je ne trouverais une nounou qui accepte un enfant à 6 heures du matin.
Si cet enfant me pose la question un jour sur qui est son père, je lui dis quoi, moi, à mon bébé?
Je lui invente un papa idéal ou je lui balance la cruelle vérité en pleine gueule?

Non, je ne peux pas, je ne veux pas faire un enfant toute seule. C'est injuste envers ce petit. Je dois avorter.

Je rentre chez moi, ne sachant plus comment penser, étant partagée entre la joie de sentir ces petites bulles dans mon ventre et l'angoisse de l'avenir. J'ai comme un voile opaque devant les yeux, je n'arrive pas à envisager de quelle façon je vais gèrer tout ça.
Je ne sais plus rien, juste que je suis complètement perdue.

Lundi matin, mon amie télephone à notre gynéco commun et prend rendez vous pour l'après midi même. Je lui demande de m'accompagner, je stresse comme une folle à l'idée de ce que je m'apprète à faire.

Il nous reçoit, souriant et chaleureux, comme à son habitude. Après un court entretien pour évaluer la date de la grossesse (3 semaines, bon calcul), il me demande ce que je compte faire. Je n'hésite pas, affiche une assurance magnifiquement feinte. Pas de doute, j'avorte.
Ma grossesse est suffisament récente pour prendre la pilule abortive.

Avant de parler plus avant, une petite échographie, histoire de confirmer le test.

 

Je commets à ce moment là une des plus grosses erreurs de ma vie. Je regarde l'écran de l'échographe...

Et je le vois, là, accroché en moi, ce petit pois. Mes yeux s'écarquillent, je ne parviens pas à détourner mon regard, mon esprit est arrêté.
Je regarde mon bébé, mon petit pois, ce tour de magie incroyable. J'hallucine complètement, je suis transportée dans une autre sphère, je ne comprends rien, je ne cherche plus à comprendre; d'ailleurs.

Je ressens, je ne suis plus qu'une boule d'amour, entièrement tendue vers ce petit pois figé sur l'écran de l'échographe. Ce petit pois; c'est mon bébé, ce bébé que je ne vais pas garder. Et pourtant, mon Dieu que je l'aime!

Ce sentiment d'amour jamais ressenti auparavant, tellement immense qu'une armée entière ne l'aurait même pas fait frémir.

Le paradoxe entre mes émotions et ma raisons est trop grand, je ne peux pas le supporter; je ploie sous cet amour, sous cette douleur. Je sanglotte devant mon petit pois.



L'échographie en illustration n'est pas la mienne, le gynéco m'en a cruellement privé, mais c'est ce qui ressemble le plus à mon écho.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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