Mardi 22 avril 2 22 /04 /Avr 15:07
Je pleure, perdue devant cet amour maternel dont on m'avait tellement parlé et que je n'imaginais pas ainsi.

Mon gynéco et mon amie se retirent, me laissant ainsi ce moment pour moi seule, pour que je le grave en moi.
Je finis par me relever, m'habiller et je retourne vers eux.

Mon gynéco me demande si je suis sûre, bien évidemment, je n'ai pas changé d'avis, j'en suis encore plus persuadée maintenant; j'aime trop ce bébé pour lui infliger la blessure immonde d'être renié par son père alors qu'il est encore dans le ventre de sa mère.

Une semaine de réflexion est imposée par la loi, mais nous passons outre, on modifira les papiers...
Je prends donc les cachets que mon médecin me tend, je les regarde comme on regarde une arme. Je sais qu'ils vont tuer.

Je les avale quand même, nous prenons rendez vous pour le mercredi, à la clinique, afin de prendre le comprimé qui déclenchera la fausse couche.

Je rentre chez moi telle une automate, je m'assois sur mon canapé, les yeux dans le vide, rien ne circule plus dans mon cerveau, je ne sais plus ni qui je suis, ni où je suis.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi; agarde, mais le moment est arrivé, terrible.
Ces petites bulles que je sentais, celles qui m'avaient fait penser que j'étais enceinte, celles qui m'accompagnaient depuis quelques jours se sont arrêtées.
Plus rien dans mon ventre.

J'ai réalisé qu'il était mort. C'était encore plus concret; ça y est, je venais de tuer mon propre enfant...
Les larmes ne se sont tarries que tard dans la nuit.

Le mardi, je suis allée travailler, les machoires crispées. Et une personne désagréable, agressive m'a fait craquer. J'ai fait ce que je ne fais jamais, je lui ai hurlé dessus en pleurant, je suis partie en claquant la porte.

Je suis restée un moment dans la voiture, secouée de sanglots, puis j'ai appelé S, mon amie.

Elle a été formidable, a prévenu toutes les personnes que je devais voir ce jour là que je ne viendrais pas, que quelqu'un d'autre viendrait, elle a organisé mon remplacement, m'a dit de venir chez elle tout de suite.
Sauf que conduire dans une grande ville lorsque l'on sanglotte n'est pas chose facile...

Elle m'attendait, d'autres amis étaient là, certains avec des fleurs. Je ne pouvais cesser de pleurer, pendant des heures et des heures. J'ignorais que j'avais autant de larmes.

Ma meilleure amie, F, est arrivée le soir chez moi, elle m'a accompagnée le lendemain matin à la clinique avec S.
La mort dans l'âme, j'ai pris le comprimé qui ferait partir cet embryon en moi qui était déjà mort.
Etrangement, j'aurais aimé le garder...

Je devais rester en observation le temps que la fausse couche ne commence, nous avons attendu, attendu...

Et soudain, une douleur inouïe me déchire le ventre, elle me couche, je sais, je comprends; ça a commencé.

J'ai alors le droit de rentrer chez moi. J'ai mal, mon utérus se vrille comme un linge qu'on essore, mais je m'en fiche.
Cette douleur n'est rien, je l'ai mérité, elle est encore bien faible au regard de l'acte que je viens de commettre.
Elle n'est rien face à la douleur qu'il y a dans mon coeur.

Mon corps, mon coeur, mon âme, je ne suis qu'une déchirure.

La journée s'égraine lentement, noyée par des flots de sang qui s'écoulent inlassablement. Mes amies sont près de moi, immensément patientes et prévenantes. Elles veulent que je mange, que je boive autre chose que du café; mais rien ne veut passer.
En milieu d'après midi, A. me téléphone. Mais il a un radar ce connard!!! Il me demande si je suis calmée, si je vois les choses avec réalisme, me dit que de toute façon, ce n'est pas un bébé, juste un tas de cellules...
Et toi, t'es pas un tas de cellules peut être?
Je le hais, avec une violence jamais ressentie jusqu'alors.
Je lui raccroche au nez en ne lui disant pas que j'ai avorté.

Le lendemain, ma meilleure amie repart chez elle; elle partie, le silence me tiend compagnie.
Ma conscience torturée se réveille, je me hais, je me méprise, je suis une enfanticide.
Je regarde la fenêtre; elle m'appelle.

J'attrape le télephone et appelle mon grand frère, "viens, ça ne va pas, je vais sauter".
Il est arrivé en un temps record, a calmé mon angoisse malgré sa gène face aux évènements, ne sachant ni que faire ni que dire. Mais sa présence seule a appaisé ce moment.

Ma mère est arrivée le samedi, alertée par mon frère et mes amis. Elle a agi d'une façon totalement inédite pour elle; j'en garde un souvenir impressionné.

Elle m'a forcé à m'habiller, m'a imposé que nous sortions manger. Malgré mon refus, elle a insisté. J'ai obéi à ma mère. Nous sommes sorties, avec mon amie S, toutes deux me soutenant. Je ne pouvais marcher seule, je n'avais rien mangé depuis quatre jours et je perdait une quantité de sang anormale, mais je refusais d'aller à l'hopital.
En revenant du restaurant, je suis allée aux toilettes et j'ai vu mon bébé partir, emporté dans des tourbillons d'eau...

J'ai mangé, ma mère est restée une semaine près de moi; elle a été une vraie mère, ce qui contraste avec son rôle habituel de maman poule.
Elle m'a fait du bien, elle m'a soutenu, aidé, réconfortée.

Mais elle n'a pas su m'enlever cette haine que j'avais pour moi, ce mépris profond, ce sentiment que désormais, je ne mérite plus qu'une belle chose ne m'arrive dans la vie. Je suis damnée, j'ai tué mon bébé, ce bébé que je voulais, que j'aimais, mais à qui je n'ai pas eu le courage de donner la vie.

Le 20 avril 2005, je suis devenue un monstre.
Par ether-et... - Publié dans : Un peu de moi
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