Dimanche 18 mai 7 18 /05 /Mai 00:00
Après le mutisme de l'oubli, le désespoir de la compréhension des évènements, la psychothérapie m'a permis de pouvoir parler de mes agressions. Je les ressentais enfin sans honte, sans craindre qu'elles ne m'aient diminué dans ma valeur d'humaine.

Je me suis mise à parler beaucoup de ce qu'il m'était arrivé, de mes ressentis, de mes doutes, de mes peurs et de mes espoirs.
Dès que je me sentais un minimum en confiance avec une personne, je lui disais.

Le poison qui n'est plus en toi ne te détruit plus.

Je vomissais ces toxines à tout va, junkie du malheur en tentative de cure, je cherchais par ces logorrhées interminables à laver mon esprit, mon corps et mon coeur des injections quotidienne de tristesse et de douleur que je m'infligeais.

Je cherchais aussi en celui qui m'écoutais une forme d'absolution d'un pêché pourtant jamais commis, la douceur d'entendre, de lire dans le regard de l'autre que je ne réagissais pas de manière démesurée. Oui, c'est dur ce que j'ai vécu; non, on ne s'en sort pas facilement; peut être je serai un jour en paix.

Pas un ami, pas une personne proche ignorait mon histoire. Tous avaient un jour ou l'autre donné un avis, un conseil.
Chaine du coeur inconsciente de l'impact de chaque parole, ignorant que chacun était un maillon qui me permettait de tirer ma carcasse hors des flots.

Cependant, il manquait le fermoir à cette chaine inestimable. Ces deux élements sans lesquels aucun collier n'est complet, ces pièces majeures me faisaient encore défaut.

Jamais je n'avais encore parlé à coeur ouvert de mes agressions avec mes parents.
Elles avaient été évoquées, survolées, mais il m'était toujours impossible de leur ouvrir mon coeur.

Bloquée par ces relans de salissure, je voulais plus que tout éviter d'éclabousser ceux qui comptaient le plus à mes yeux.

Principalement deux angoisses m'empèchaient d'enfin libérer la voie de la parole. La honte qui persiste au plus profond de moi d'avoir déçu mes parents et la peur de les blesser.

J'ai tenté à de nombreuses reprises de leur parler, mais ma nervosité menait la discussion à peine entamée vers une dispute qui cloturait le débat.


La semaine dernière, je suis partie me reposer quelques jours chez eux. Arrivée avec un inclassable en transit dans mes valises et en attente d'une amie pas si silencieuse que l'on pourrait le croire, je bénéficiais de trois jours innondés de soleil seule avec mes essentiels.

Je ne parviens pas à me souvenir comment le sujet de la pédophilie est arrivé dans la conversation. Probablement à la manière d'un chat; sans prévenir, par une porte dérobée de mon conscient.
 Toujours est il que le sujet est arrivé, au cours d'un déjeuner en terrasse, tous trois baignant dans la torpeur issue de la délicieuse cuisine de ma mère.

J'étais détendue, je ne pensais pas que j'allais parler de moi; j'ai appris depuis longtemps à dissocier mon expérience d'une discussion sur le sujet.

Mais cette fois ci fut différente. J'ai parlé. Pas encore à coeur ouvert, pas de tout.

Mais l'essentiel, je l'ai dit.

Je leur ai dit la peur, la honte, la souffrance. Je leur ai dit combien j'avais du mal à évoluer dans cette vie si mal entamée, pourquoi j'étais parfois si agressive, dure et froide, combien j'ai dû lutter pour être celle que je suis et dont je ne suis toujours pas satisfaite.

Je voulais me livrer, peut être donner des réponses à certaines questions, mais je ne m'attendais pas à en recevoir ni à gagner un nouveau lot de questionnements.

J'ai appris que ma mémoire m'avait fait défaut sur un point que je ne comprenais pas. Je ne leur avais jamais parlé de ça. Même lorsque c'est arrivé. Je ne l'ai en fait dit qu'à mon frère plusieurs jours plus tard et c'est lui qui est allé leur dire. De là; ils ont écrit au commissariat qui les a appelé pour leur demander de me faire venir afin que je tente d'identifier mon agresseur.

Comment ces quelques jours se sont ils retrouvés effacés de ma mémoire?
Pourquoi mon souvenir bloque t'il entre mon passage chez les buralistes amis de mes parents lorsque je me suis enfuie de la cave et le moment où j'entre dans le commissariat?

Jamais je n'avais dit quand et comment tous ces souvenirs sont remontés à la surface. Jamais je n'avais parlé de tous ces blocages à l'adolescence qui n'ont pris un sens que le jour où je me suis rappelé...

Je voulais leur préciser un ressenti et je découvre qu'ils ignorent l'essence même de mon agression. Je réalise que bien plus que de ne leur avoir jamais parlé avec mon coeur, je ne leur ai jamais parlé de ça tout court.

Pourquoi moi, si encleinte à parler de tout et de rien, partageant les évènements de ma vie avec eux, ai je pu taire aussi longtemps sans même le réaliser une chose aussi grave?

Pour eux, un monsieur m'avait emmené dans une cave et avait mis sa main dans ma culotte. Pour eux, seule la parole de mon frère faisait foi, puisque seule existente...

Quel étrange sentiment que de se découvrir si pudique, si différente...

Est ce le fait de leur parler à eux, de constater que je les avais toujours totalement écarté de ma plus grande blessure; je l'ignore; toujours est il que j'ai fait un bond 28 ans en arrière.
Chaque minute qui passait me faisait vivre un nouveau souvenir, une nouvelle émotion, une nouvelle douleur.

La discussion devenait trop difficile pour moi, et à la fois, totalement indispensable. Je voulais leur parler; comme si ma vie en dépendait.

Mes barrières se sont effondrées, ma pudeur s'est envolée. Et avec elle, ma carapace d'adulte forte. Je pouvais, je voulais enfin pleurer devant mes essentiels; ceux qui d'un seul regard me transmettent tout l'amour et la tendresse de la planète.

Quel énorme paradoxe que de parler comme un adulte et de pleurer des larmes d'enfant en même temps!

Quelles vannes se sont ouvertes ce samedi après midi? J'ignorais leur existence, je ne connaissais pas non plus le barrage qui contenait tous ces flots.

Vider cette eau de moi, oter ce poids de mes épaules m'ont fait apparaitre un autre barrage.

Ma mère m'a dit qu'elle n'avait jamais osé me poser de questions, me demander précisément ce qu'il s'était passé dans cette cave.

A cette question, j'ai pensé à ce que m'a dit une personne très chère à mes yeux.

Si ça, je le dit un jour, si j'y parviens, je ne sait pas comment je réagirais; mais le trouble que cela évoque en moi me fait craindre une telle violence que je n'y résisterais pas.

Alors, je me demande: ai je donc si peu avancé que je sente si fort les tourbillions de ces eaux usées? Pourquoi ces remous sont ils si violents, cette colère sous jacente si forte?

Ca me fait peur d'avoir en moi une énergie négative aussi énorme. Quelle forme prendrait elle? La haine? La colère? La douleur? La honte?
Tout celà à la fois?

Moi qui peux si bien parler de ça, je me sens incapable de le dire vraiment. Pas encore.







Par ether-et... - Publié dans : Viols et conséquences
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